L’abbé HUILLET

Il y a quarante ans, disparaissait, au mois de mars 1969, le chanoine Huillet qui avait assuré son service de prêtre des paroisses de Preixan, Rouffiac, Montclar et Roullens pendant vingt-cinq ans. (La même année nous quittaient Messieurs Isidore Dufis et Marius Cayrol).

Abbé Huillet Henri Huillet était né à Bugarach dans l’Aude en 1886 et, après des études à l’école Saint Louis de Limoux, il acheva sa formation secondaire au Grand Séminaire de Carcassonne. Ordonné prêtre à l’âge de vingt-cinq ans, il exerça tout d’abord son sacerdoce à Joucou dans la vallée du Rébenty (Aude) et à Caudeval (Aude) ; puis, il fut nommé à Montlaur (Aude) où il s’occupa des jeunes de la paroisse en créant sur le modèle des scouts, le groupe « Les Grapillons ». Ceux-ci, que l’on reconnaissait à leur foulard rouge, se distinguèrent à cette époque par leurs nombreuses activités dans tout le Val de Dagne (Aude). Quelques années plus tard, l’abbé Huillet fut muté à Ouveillan (Aude) où il commença à s’intéresser au chant choral.

C’est après une dizaine d’années qu’il obtint, en 1945, la paroisse de Preixan. En effet, l’abbé Huillet, musicien confirmé et, de, plus organiste, avait demandé cette paroisse dans l’espoir de réorganiser la chorale qui avait été fondée par l’abbé Bouichère dans les années 1872.

Il convient de rappeler deux événements majeurs au déclin de cette chorale. La première raison fut le terrible accident du 17 octobre 1937 qui provoqua la mort de trois choristes de la commune et qui fit aussi de nombreux blessés. La chorale se rendait à Limoux pour l’inauguration des grandes orgues de l’église Saint Martin avec l’autobus du village, conduit par Monsieur Jean Bonnet. Ce dernier, un excellent chauffeur, ne put éviter un camion fou qui le heurta de plein fouet juste en bas du village. La deuxième raison fut la Deuxième Guerre mondiale durant laquelle, comme on peut le comprendre, la chorale interrompit ses activités.

eglise-preixanDès son arrivée à Preixan, l’abbé Huillet réunit jeunes et moins jeunes et remit sur pied une chorale de cinquante exécutants. Après maintes répétitions, l’inauguration de cette nouvelle chorale se fit en grande pompe à l’occasion du soixante-quinzième anniversaire de sa fondation et en l’honneur de son fondateur l’abbé Bouichère. La cérémonie fut des plus réussies avec la participation des autorités locales ainsi que de la population de Preixan et celle des villages voisins. À cette occasion, une plaque fut posée dans l’église de Preixan, côté chaire.

Ainsi, l’abbé Huillet était-il fier de ses paroisses et de ses paroissiens qu’il se plaisait à appeler « ses enfants ». On le voyait souvent se promener dans les rues du village avec sa canne, sa soutane et sa barrette, plaisantant avec l’un ou avec l’autre. Parfois, aussi, il ne cachait pas ses opinions car il avait, comme on dit, son franc-parler !

Mycologue averti, et se targuant de l’être, il aimait chercher des champignons dans les bois environnants qu’il connaissait parfaitement.

Comme tous les jeunes hommes de sa génération, il participa à la Première Guerre mondiale et, comme tous ces anciens combattants, il aimait raconter ses moments d’Histoire. C’est en tant que brancardier qu’il servit dans l’armée. Ainsi, parlait-il avec émotion de l’événement qui le marqua durant toute sa vie : la résistance du fort de Vaux en 1916. Chargé d’évacuer les blessés « dans la boue et le froid de l’enfer de Verdun », il fit partie des rares rescapés et eut l’occasion de témoigner de cet épisode dans un article du Journal La Charte. Au titre de héros de guerre, il fut décoré de la Légion d’honneur, distinction dont il était fier.

Dans la quiétude de son presbytère, il continua à servir ses paroissiens jusqu’à ce que la santé ne le lui permette plus… Il nous quittait, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, un matin du mois de mars. L’abbé Huillet restera à jamais une figure marquante de Preixan et des villages qu’il servit.

Marcel Guiraud, organiste.